TEXTES


«... Nicolás Gaillardon semble ordonner son errance artistique dans une sorte de road movie mental où la captation de certains objets, bien réels, donnés par la nature ou inventés par l’homme, l’interpellent soudain, comme un arrêt sur image, un arrêt dans le temps, tant il est évident qu’ils sont les « métaphores » de l’homme. Formé par ses premières études qui le destinaient au dessin industriel dans le Génie civil (comme en témoigne l’une de ses première installations, 9 raids, où l’on voit, juxtaposées au sol dans une géographie et géométrie minimaliste et … abstraite neuf prises de vue aériennes de zones de combat dans un traité très pixellisé) il s’intéresse avec passion et précision aux plans, aux « chiffres », aux matériaux, à toutes les technologies qui lui permettront de passer du plan au volume. Comme à la lecture d’un poème, il saisit la bipolarité du monde, ici, celui des objets au sens le plus large et, après quelques années passées aux Beaux-Arts, il en perçoit mieux les rapports contrastés pour les manipuler, les pousser au dérèglement, au détournement, au déséquilibre, au renversement, voire à la déformation ou à la métamorphose. Pour les réinventer ou pour créer. Désireux d’en percer la face cachée, il veut être de l’autre côté du système et pourra, dans certains cas, leur donner une dimension poétique : toute chose pourrait être belle et sublimée, semble t-il dire. Mais … l’artiste, qui ne s’érige pas en juge, décèle l’envers du décors : les objets (les gens) ne sont pas ce qu’ils paraissent. Les chiffres savant qui se superposent et s’accumulent (comme la surface de ses Graals, une oeuvre réalisée y a quelques années) finissent par brouiller le système économique. La Spring fountain toute dorée laisse s’écouler un huile noire et souillée, pétrole qui se transforme dans un cycle diabolique en un lingot d’or qui la surmonte, objet d’adoration et de répulsion.

Quant à ce faux « diamant » léger, composé de fibres de carbone et de résine d’époxy recouverte d’un vernis noir pour lui donner de la profondeur, il prétend rivaliser avec un joyau dur offert par la nature, composé de ce matériau mystérieux qu’est le carbone pur cristallisé. L’artiste, avec ironie, a nommé son oeuvre Renaissance … Parfois le discours se fait plus grinçant comme en témoigne l’installation In memory, réalisée récemment dans une grande gare maritime désaffectée de Boulogne-sur-mer : dans le volume spacieux rectangulaire déjà circonscrit par une large bande rouge vif, couleur à plusieurs sens, Nicolás Gaillardon a accroché une trentaine de balançoires identiques en quadrillage, objets qui renvoient l’univers entier à son enfance joyeuse et insouciante. Mais ici l’objet standardisé, industrialisé ne balance plus ! Liées par d’énormes noeuds (de sécurité!) aux cordes de chanvre qui les maintiennent et figées dans leur pellicule dorée, les doux objets de nos loisirs prennent, aux yeux de l’artiste, l’aspect inquiétant de pierre tombales…Tout aussi néfaste l’avenir de celui qui emprunte ce « tapis volant » aux couleurs éclatantes (FC1001N), créer pour abolir l’espace et le temps en vue d’atteindre au plus vite le monde de la félicité : il s’affaisse brutalement sur le sol. Ainsi en a décidé … l’artiste. Passionné des nouvelles technologies, l’artiste a aussi enrichi sa réflexion et son savoir-faire dans les domaines de l’électro-acoustique, de la photo numérique et de la video. D’étranges mélodies, chant folklorique, hymne sportif ou militaire que s’est appropriés l’artiste, sortent de ces sculptures « sonores », aux formes d’aspect rudimentaire comme cette sirène d’alerte ou quelque autre haut-parleur de propagande (You’ll never walk alone). Des visages en décomposition se répondent d’une video à l’autre, la silhouette d’une ville fortifiée improbable apparaît, le temps d’un éclair dans le ciel tourmenté par l’orage, fugitive vision d’une Jérusalem céleste...»

Odile Crespy



En
Nicolás Gaillardon reworks drawn images in our daily lives and mediatic environment. He extracts the codes and the differents symbols to show us the irregularities and absurd situations in our contemporary society. Poetry tinged with humor and violence, his work questions our perception of real and foiled our prejudices and our ideas received.
Formed to the technical drawing in building and to the topography, Nicolás Gaillardon (Orléans) leaves the Civil engineering for the Fine arts(School of Fine Arts) of Tours before the end of his studies ( 2010 ). He changes domain but keeps however a method of work bound to his first formation: realization of technics drawings, studies of materials, distortions, acoustic studies. It is nevertheless from the paint that he is going to develop his reflection on the image and the questions of the representation. Then, the desire to go out of the plan to confront with the space brought to the foreground by sculptures, installations with the disturbing scales, playing between really and forgery. The photography, the video and the électro-acoustic work more recently come to bring a poetic dimension to his work who is enriched by new questions social and environmental with for interface the « contemporary landscape».